Entre Guéret et Aubusson, la D942 vous dépose à Ahun. Vous décidez alors d'aller visiter son célèbre monastère (qui, en occitan ancien, se disait "mostier" ou... "moutier"). Partant d'Ahun, vous empruntez (à pied ou en vélo) un petit morceau bien préservé de la voie romaine Limoges-Bourges et descendez tranquillement jusqu'au village du... Moutier-d'Ahun.

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Vous préférez la voiture ? Une petite route sinueuse vous conduit jusqu'à la place de l'église où vous vous garez (sous les arbres). Tout le monde est là ? Bien... Vous découvrez maintenant le splendide porche en granit (de style gothique flamboyant) qui marque l'entrée du monastère (ou moutier donc) d'Ahun. Ce porche a été construit en 1489, au lendemain de la guerre de Cent Ans...

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Mais nous vous parlerons de l'histoire de l'abbaye un peu plus tard ! Pour le moment, vous traversez l'ancienne nef (totalement détruite en 1591) et entrez dans l'église : vous y débourser quelques euros mais (c'est juré) vous ne les regretterez pas du tout (en plus, vos piécettes permettent d'entretenir et de conserver les incroyables boiseries sculptées qui s'étalent sous vos yeux ébahis) !

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Mais prenons l'histoire à son début... En l'an 997, le seigneur de Boson, comte de la Marche, fonde une église en contrebas de feu la cité d'Acitodunum (devenue ensuite Ahun). Il en fait don aux moines de l'abbaye d'Uzerche et, au 12ème siècle, cette église devient un monastère. La guerre de Cent Ans cause alors quelques dégats dans l'abbaye (c'est, disons, la "première couche" !).

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Puis, en 1569, les soldats du duc de Deux-Ponts viennent passer la "2ème couche" en pillant le monastère. La "3ème couche" arrive en 1591 quand les troupes de Foucauld de Saint-Germain-Beaupré viennent incendier les bâtiments... La nef s'écroule (çà, nous vous l'avions dit au début). Une 4ème couche vous amuserait, petits coquins que vous êtes ?

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Elle est passée en 1602 par les soudards du duc d'Enghien qui s'installent au moutier et ne se montrent pas particulièrement respectueux des lieux. L'abbaye est ensuite rattachée à celle de Cluny (en 1630) et les moines passent de 13 à 8 (légère compression du personnel donc !). Puis, en 1673, la période étant calme, le moutier d'Ahun passe commande à Simon Bauer...

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Arrivant d'Auvergne avec ses outils, Simon Bauer commence d'abord par sculpter les boiseries du choeur, réalise des personnages à queue de poisson qui symbolisent le bien et le mal, façonne des aigles, des lions, des lévriers, peaufine d'imposantes colonnes torsadées, réussit à adosser 2 lions sur un lutrin et réalise un superbe Christ biface en 2 parties.

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Ce petit canaillou signe même discrètement son oeuvre en y glissant son autoportrait (dans la 1ère stalle supérieure droite). Cette belle commande lui fournit du travail de 1673 à 1681. Quand (100 ans plus tard) éclate la Révolution française, les moines (qui ont eu vent de dégradations révolutionnaires) recouvrent prudemment les boiseries avec de la chaux blanche pour les camoufler.

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Les boiseries échappent ainsi aux pillards, aux casseurs et... aux insectes. En 1792, au vu de son trés grand âge, le (dernier) curé du moutier d'Ahun échappe à la déportation et n'est condamné qu'à la prison à perpétuité (le vieillard meurt en captivité 2 ans plus tard). Les biens du monastère ont, entretemps, été vendus par la jeune République française. Puis, le temps passe...

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En 1904, l'abbé Malapert (curé d'Ahun) commence à nettoyer les boiseries du moutier : ce travail titanesque (qui va se prolonger pendant 59 ans) va permettre de les remettre dans leur état d'origine en 1963. Mais vous ne quitterez pas le Moutier-d'Ahun (village d'une trentaine d'âmes) sans vous rendre auprès du vénérable pont roman qui 200 m.) enjambe gaillardement la Creuse ?

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