ELECTION LEGISLATIVE A BOURGANEUF : DANS 3 MOIS, CE SERA LA GUERRE (MONDIALE) !
Depuis la statue de Saint Valéry, votre camp de base, vous descendez le chemin pour prendre tout de suite à gauche. Une minuscule route goudronnée et moussue vous conduira, au bout d'une interminable ligne droite à un embranchement indiquant "Puy des Trois Cornes" (P3C). Vous pouvez éventuellement épargnez vos forces et faire ce trajet en voiture : la route est carrossable et il y a de la place pour se garer.
Les choses sérieuses commencent maintenant ! Vous suivez le panneau indicateur et empruntez, sur une centaine de mètres, un chemin forestier. Vous arrivez à une bifurcation en Y. Sur votre droite, la voie est intacte. Vous pourrez marcher paisiblement et monter, dés que possible sur votre gauche, vers le sommet du P3C.
Si vous optez pour la voie plate qui va à gauche, vous affronterez un bon kilomètre d'une piste parfois ravagée comme une tranchée du Chemin des Dames, moins les rats. Dans un sens comme dans l'autre, il faudra en passer par là si vous désirer faire le tour du P3C.
Vous avez choisi d'attaquer le sommet. C'est un bon choix. Vous vous encordez et entamez la montée. Assez rapidement, vous réalisez que c'est ridicule. Vous vous arrêtez et rangez la corde. Vous reprenez votre marche et arrivez en quelques paires de minutes au point le plus haut. Si vous vous rendez à la corne du milieu, vous découvrirez une sorte d'esplanade circulaire qui a pour nom "Jardin de Saint Valéric".
Quoi qu'il en soit, vous ne serez pas venu là pour rien car la vue sur les alentours est somptueuse.
De plus, vous pourrez désormais être fier d'être de ceux qui ont fait l'ascension du P3C, alias "Puy des Trois Cornes" !
S'il est regrettable que l'exploitation du bois rende parfois ces chemins balisés impraticables, il est par ailleurs totalement incompréhensible de voir, en plus, des tas de billes de bois moussu, visiblement abandonnés ou oubliés ! Par Bénélos et par Toutatis !
Il est trés probable que vous ne sachiez pas qui était Jean-Henri Prébost. De même, il est fort possible que vous ne sachiez pas où se trouve le bourg creusois de Saint-Martin-Château (qui est à environ 6 km au nord-ouest du lac de Vassivière). Pourtant, c'est dans cette commune que l'infortuné Jean-Henri Prébost naitra en 1884 (avant de mourir, loin de la Creuse, à 31 ans)...
Au début de la guerre de 1914, il est incorporé dans le 63ème Régiment d'Infanterie où il retrouve Félix Baudy, un Creusois de Royère-de-Vassivière. En Lorraine, à la mi-avril 1915, leur régiment monte à l'assaut et plus de 600 d'entre eux se font décimer. Aussi, le 19 avril, lorsque l'état-major donne l'ordre de renvoyer au combat les 250 survivants, ils refusent en bloc !
Face à cette insoumission collective, l'état-major ordonne de "fusiller pour l'exemple" 4 des 250 mutins : un conseil de guerre spécial choisit donc les noms de 4 hommes, lesquels sont exécutés le 20 avril. Sans doute le hasard est-il le seul à incriminer si 3 des 4 fusillés sont adhérents au syndicat CGT des maçons creusois. L'affaire va cependant rebondir 19 ans plus tard...
Le 30 juin 1934, une cour spéciale de justice militaire reconnait "au nom du peuple français" l'injustice et l'inhumanité de l'exécution des 4 soldats du 63ème RI et elle les réhabilite à titre posthume... Malgré cela, le nom du Creusois Jean-Henri Prévost n'apparait pas plus (du moins en août 2021) dans la liste inscrite sur le monument aux morts de Saint-Martin-Château...
Si votre curiosité (ou peut être un malin hasard) vous amène un jour à user vos semelles à Saint-Martin-Château, vous pourrez néanmoins constater qu'une plaque a été installée à proximité dudit monument aux morts et qu'elle est dédiée à la mémoire de Jean-Henri Prévost (en tous cas, elle s'y trouvait lors de notre passage en ce radieux/pluvieux/contagieux mois d'août 2021).
Après la guerre, Monsieur Charles Chareille se porte acquéreur du moulin de Piot, près de Chéniers, ainsi que des hectares de terre qui l'entoure. Le moulin est en piteux état mais il veut y réaliser un projet qui lui tient à cœur. En effet, il pense que le fait de renforcer l'amitié entre les peuples réduira les risques d'une future nouvelle guerre. C'est pourquoi il veut transformer la propriété du moulin de Piot en un centre de rencontres internationales, plus spécialement destiné à la jeunesse et aux apprentis.
La fantastique "cathédrale", aujourd'hui utilisée comme terrain de pétanque couvert...
A partir de 1952 ils sont trois. Par la suite, ils seront des dizaines, puis des centaines de jeunes qui viennent passer l'été à Chéniers. Ils arrivent des quatre coins de l'hexagone, mais aussi de plusieurs pays. Ainsi, dans ces années de guerre froide, des citoyens (noirs) américains peuvent côtoyer des citoyens d'URSS, et des jeunes allemands sympathisent avec des jeunes français, sept ans seulement après la guerre. Des suisses sont là également, des marocains, des hollandais... Au total, nous dit-on aujourd'hui, près de 40 pays sont présents.
Ils dorment dans des tentes, d'un côté les filles, de l'autre les garçons. Charles Chareille est appelé "Tonton". Au fil des années, tous restaurent le moulin, puis construisent un immense bâtiment, nommé "la cathédrale"(35 m. de long, 18 m. de haut, une capacité d'accueil de 600 personnes pour un coût de 4 millions de francs de 1956). Au rez de chaussée y sont aménagées des sanitaires tandis qu'à l'étage se trouve une immense salle, à la fois réfectoire et lieu de réunion.
Par la suite, ils édifient un immense dortoir, hélas détruit depuis.
Parmi les autres constructions encore debout de nos jours, nous pouvons admirez le chalet "Bonvenon" ("bienvenu" en espéranto, la langue du centre, à l'époque). Il est fait en poteaux électriques réformés. De jeunes polonais se chargent de la toiture.
En face, le pavillon des marocains, construit par des adolescents venus du... Maroc.
Un peu plus loin, de dimensions olympiques, un anneau de course à pied demeure en parfait état. Il se trouve à l'entrée de l'actuel terrain de camping.
Nous remercions les personnes, rencontrées sur place, qui ont gentiment accepté d'étancher notre soif de savoir et ont bien voulu éclairer notre lanterne en nous fournissant quelques informations.