Une bastide royale (construite sur les terres de la paroisse de Saint-Silvain aux alentours de l'an 1239) donne naissance à un bourg qu'il faut désormais protéger : une tour de guet est donc érigée sur la colline voisine, en 1286. Un bon siècle plus tard, les habitants doivent livrer une résistance acharnée à une bande armée qui veut piller leurs maisons et les détrousser...

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Leur héroïque résistance serait à l'origine du nom de ce bourg, à savoir... Bellegarde (cet acte de bravoure n'empêchera cependant pas les pillards de dévaster la région). Pour l'aider à se relever, le bourg de Bellegarde bénéficie du Franc-Alleu, un régime fiscal spécial qui lui est accordé par le Présidial auvergnat de Riom (dont il dépend administrativement... alors que Saint-Silvain dépend de Limoges).

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Les moutons sont alors remis en pâture dans les landes de Bellegarde et leur laine est de nouveau filée et tissée. En 1473, contre une exemption à vie de ses impôts, les consuls auvergnats proposent à Jean Béranhe (tapissier à Felletin) de s'installer à Riom et d'y développer l'industrie de la tapisserie (faisons crédit à Jean Béranhe de ne pas avoir accepté de créer... l'inconnue !)

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Au 16ème siècle, attirés par les exemptions fiscales du Franc-Alleu, plusieurs tapissiers de Felletin viennent chercher fortune à Bellegarde (à l'instar de Jean Vergnaud en 1550, de François de Peyroudette en 1572, d'Annet Briffoulière en 1578, de Mathieu de la Chaize en 1579, d'Andrieu Sementiry, de Blaise et de Simon Vergnaud en 1582, de Michel Villate et de Jacques Briffoulière en 1588).

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Mais les nouveaux arrivés à Bellegarde ne parviennent pas à se hisser au niveau artistique de leurs collègues d'Aubusson et de Felletin. Ils doivent donc se contenter de "verdures" (des frises qui reproduisent du feuillage et entourent le sujet de la tapisserie) ou de petites commandes peu payées (tandis que leurs collègues d'Aubusson et de Felletin touchent régulièrement jusqu'à 60 fois plus qu'eux !)

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En 1631, le roi Louis XIII ordonne que l'administration de la Châtellenie royale de Bellegarde soit déplacée de Riom à Guéret. Puis, en 1665, Colbert crée les Manufactures royales d'Aubusson... et en exclut Felletin et Bellegarde. En 1732, déja bien moribonde, l'industrie tapissière de Bellegarde est finalement considérée comme ayant cessé d'exister...

Colbert


Le coup de grâce survient le 28 mai de cette année là : désormais, il est INTERDIT de fabriquer de la tapisserie en dehors des villes et faubourgs d'Aubusson ou de Felletin (interdiction punie d'une amende de 300 livres !). Une partie des descendants des derniers tapissiers de Bellegarde s'installent alors à Aubusson (d'autres se convertissent en marchands de laine ou quittent la région)

1904


Quelques-uns contournent l'interdiction et travaillent en sous-traitance pour des ateliers d'Aubusson (telle la famille Chetif qui, en 1904, travaille pour l'entreprise aubussonnaise Danton Frères). La tapisserie disparait définitivement de Bellegarde en 1932 et le bourg amorce alors un déclin démographique qui s'annonce aujourd'hui comme étant irréversible (mais... sait-on jamais ?)

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