Le ministère des finances demande au préfet de la Creuse de lui indiquer une habitation (d'un prix raisonnable) susceptible d'héberger LE sénateur du Limousin. Sans se soucier de savoir où iront les élèves du collège des Barnabites, la ville de Guéret propose aussitôt de prendre à ses frais l'aménagement dudit collège (qui appartient au Sénat national)...

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Le 23 thermidor de l'an 12, Gentil Duvernet (maire de Guéret) informe donc le conseil municipal que le coût de la transformation de la maison des Barnabites en résidence digne de recevoir monsieur Morard de Galles (sénateur du Limousin) est estimé à 76.383 francs et (de plus) que les travaux risquent de durer. Le maire envisage alors de chercher une maison qui serait rapidement habitable...

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C'est pourquoi il propose au conseil d'acheter la maison du Clos (que monsieur Tournyol du Clos daigne vendre et qui ne nécessite pas de gros travaux). Le conseil approuve cet l'achat et le 19 brumaire de l'an 13, le maire l'informe que le propriétaire en demande 48.128 francs (auxquels la ville devra ajouter 42.346 francs de travaux... soit un total d'un peu plus de 90.000 francs).

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Pour trouver de quoi payer ces sommes, le conseil décide de faire couper ses bois pour les vendre, ce qui devrait rapporter dans les 40.000 francs. Pour le reste, la ville demandera au Sénat de lui accorder un prêt. Le 19 avril 1806, le Sénat décide de prendre à sa charge les frais d'aménagement de la maison du Clos. Couturier de Fournoüe (le nouveau maire) annonce une autre surprise...

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La vente du bois devrait permettre à Guéret de percevoir 58.050 francs ! C'est donc suffisant pour acheter le domaine du Clos (dont le prix de vente est désormais de 50.246 francs). Le bois est vendu mais, en réalité, il ne rapporte que 43.200 francs à la ville : il manque donc 7246 francs pour acheter le domaine ! Le sénateur Morard de Galles décide alors d'intervenir...

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Il propose que le Sénat achète lui-même le domaine du Clos et le 18 avril 1808, Benoit-Philippe Tournyol du Clos (héritier de Pierre Silvain Tournyol, seigneur du Clos et de la Gorsse) le lui cède pour seulement 45.000 francs (dans la foulée, vous trouverez peut-être amusant d'apprendre que la maison du Clos a été construite là où, auparavant, se trouvait une maison... close).

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Monsieur le sénateur Morard de Galles s'installe ensuite dans ce qui devient la Sénatorerie de Guéret et y organise de grandioses réceptions, des diners, des bals, où il invite les notables de Guéret et des environs. Un an plus tard, le 23 juillet 1809, il meurt d'une attaque d'apoplexie. Son corps est enterré dans le cimetière de Guéret où un monument est érigé à sa gloire.

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La Sénatorerie du Limousin est ensuite attribuée au comte Germain Garnier (qui, semble-il, n'a jamais voulu venir à Guéret). Il est par la suite remplacé par le comte Pierre de Riel de Beurnonville (qui, semble-il, ne vient pas non plus s'installer à Guéret). En 1814, il est envisagé de transférer cette résidence à Limoges mais les Sénatoreries de province sont subitement supprimées.

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La Sénatorerie de Guéret est alors loué à des particuliers, avant d'être achetée en 1830, en copropriété, par messieurs Bonnyaud, Desfougères, Dissandes de Balleyte et Jarrit-Delille pour 34.150 francs. Puis, en 1849, elle est revendue aux soeurs de Saint-Joseph de la Providence qui la transforment en couvent et l'occupent jusqu'en 1905...

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Cette année-là, la ville de Guéret débourse 130.000 francs pour en faire l'acquisition... Il est vrai qu'entretemps, le domaine s'est enrichi de nouveaux bâtiments et d'un grand pré. C'est dans ce pré que l'architecte-paysagiste Sauvaneti va créer le parc où nous pouvons aujourd'hui nous promener et admirer les grands arbres qui ont été plantés là au début du 20ème siècle.

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Quant aux bâtiments de la Sénatorerie, ils abritent désormais le musée de Guéret, les antiques collections archéologiques de la Creuse, la célèbre galerie des peintres impressionnistes de la vallée de la Creuse, les expositions temporaires d'artistes invités et les fantômes d'illustres membres de la Société des Sciences de la Creuse.

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