En 1848, les paysans se plaignent de l'absence de routes et de la pauvreté des sols de la Creuse. Les procédés de culture sont les mêmes qu'il y a 60 ans et les récoltes restent mauvaises. Entre 1848 et 1856, la population paysanne baisse fortement : les pouvoirs publics décident alors d'améliorer l'enseignement agricole mais... les paysans ne savent pas lire.

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Côté industrie, il n'existe que les manufactures de tapisserie d'Aubusson et de Felletin. Or, en 1848, leurs patrons se lamentent de l'absence de clients et Aubusson compte (officiellement) 2000 chômeurs. En 1850, un 1er métier mécanique (à vapeur) est mis en service pour tisser du Jacquard "au kilomètre". Les grandes firmes commencent à éliminer les petits ateliers.

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A Boussac, le social-démocrate Pierre Leroux remarque que les paysans ne mangent jamais de viande, ne se nourrissent que de mauvais pain et boivent peu de vin. Les métayers, qui appellent toujours leur propriétaire "mon maître", ne quittent jamais le territoire de la ferme où il travaillent et, pour les élections, les curés distribuent "le bon bulletin" aux paysans illetrés.

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Réduits à la misère, les paysans se font maçons et quittent la Creuse pour Paris ou Lyon. Lorsqu'ils reviennent au pays, ils ramènent dans leurs baluchons les idées révolutionnaires qu'ils ont découverts dans les villes. De nouveaux journaux naissent : L'Annonciateur, L'Abeille de la Creuse, L'Echo de la Creuse ou Le Chercheur de Bourganeuf.

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Le journal patronal Le National de la Creuse prend pour cible les idées socialistes de L'Eclaireur de Pierre Leroux. Les ouvriers creusois sont paisibles mais le sous-préfet d'Aubusson et le maire de Felletin avertissent les pouvoirs publics qu'une augmentation du nombre de chômeurs pourrait engendrer "quelques légers conflits". Un Atelier National est alors créé à Aubusson...

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Les ouvriers tapissiers y sont employés pour construire des routes et touchent ainsi un salaire. Puis, le Conseil municipal décide subitement de baisser le salaire journalier de 1,50 à 1 franc. L'apprenant, 500 ouvriers armés de pelles, de pioches et de bâtons assiègent la Mairie et demandent l'annulation immédiate de cette décision. Des gardes-nationaux arrivent...

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Quelques heurts ont lieu mais les ouvriers se dispersent. Le lendemain, une délégation négocie avec la Mairie et obtient que les salaires ne soient diminués que d'un sixième. Peu de temps après, les meneurs présumés sont arrêtés. Le préfet, inquiet, propose au ministère de transformer les manufactures de tapisserie en régie d'état... Les employeurs protestent vigoureusement !

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Dans la foulée, une grève de l'impôt éclate dans toute la Creuse. L'idée de régie d'état à Aubusson est aussitôt mise en veilleuse. Un régiment de gendarmes arrive en renfort : quelques agitateurs sont arrêtés et emmenés à Guéret. Une foule se forme alors et le tocsin se met à sonner à Ajain, Pionnat et Ladapeyre où la population s'arme de fourches et de piques.

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La foule prend ensuite la route de Guéret pour aller délivrer les prisonniers des gendarmes. Le préfet mobilise alors la garde-nationale, 2 brigades de gendarmerie, et arme même les pompiers de la ville. La foule grossit en chemin et, lorsqu'elle parvient à Guéret, elle fait face à la troupe. Des coups de feu éclatent alors, faisant plusieurs morts et des blessés graves.

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La foule prend la fuite et retourne chez elle. L'ordre revient en Creuse mais, à Paris, Martin Nadaud, député de la Creuse, monte à la tribune de l'Assemblée et dénonce alors la manipulation qui a été orchestrée par des forces bonapartistes à l'encontre de la population creusoise. Il déplore également les morts et les blessés provoqués par cette intrigue anti-républicaine.

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