Balade sur l'ancienne voie ferrée de Bussière-Dunoise
Il est 20h. Quelques personnes discutent dehors. D'autres arrivent et entrent dans la grosse bâtisse. L'intérieur est décoré comme un banal bar-restaurant... Et pourtant, le lieu n'est pas ordinaire : au fond de la seconde salle gisent, çà et là, des guitares électriques, une batterie, des caissons de basses, des enceintes de belles dimensions, des fils qui courent en tous sens et du matériel de sono à profusion.
Mais voici que le premier groupe entre en "scène" (un recoin où les artistes se casent tout juste) ! Ils accordent leurs guitares et réchauffent la batterie. Durant les heures qui suivront, les chanteurs et musiciens se succèderont, alternant jusqu'au milieu de la nuit les sonorités country, rock, blues, voire hard rock.
La bière coule, mais raisonnablement dans l'ensemble... A la première table pourtant, un français enthousiaste bat la mesure avec ses bottines "Santiags", en lézard bleu ciel. Si, si, des bottines : elles sont tailles basses ! Leur propriétaire se lève régulièrement pour aller se chercher un demi. Il tangue un peu mais gardera fièrement le cap jusqu'à son départ.
Les musiciens sont essentiellement anglo-saxons. Un français cependant, virtuose de la guitare, nous gratifie de splendides solos (il se nomme Antoine Melchior). Un très jeune anglais (mais prometteur) joue plus sagement... A suivre !
Nous décidons de quitter notre table et d'aller nous coucher. Nos voisins anglais saluent notre départ en mêlant chaleureusement les "bonne nuit" avec les "good night". Belle, bonne, et saine convivialité !
La Ssnahc n'est ni une boutique qui vend des livres et des disques, ni une gargote où l'on ingurgite des saucisses-frites, OK ? C'est la
Société des Sciences Naturelles, Archéologiques et Historiques de la Creuse
Née en 1832, cette vieille dame édite chaque année les Mémoires des travaux de ses adhérents. Les recherches sont présentées au cours de réunions bimensuelles, par les auteurs eux-mêmes, directement aux 650 membres. Ces présentations étant ouvertes au public, nous (MARCHOUCREUSE) nous sommes permis de nous y inviter...
Nous pensions nous rendre à une réunion d'érudits à longues barbes (des professeurs Tournesol et autres druides Panoramix) mais, lorsque nous pénétrons dans l'amphi de la Bibliothèque Multimédia, à Guéret, nous découvrons un public où se mêlent jeunes et moins jeunes, femmes et hommes. Les différents intervenants et la grande diversité des sujets abordés par la suite détruiront définitivement le cliché poussiéreux que nous nous étions fait de la Société des Sciences de la Creuse.
Une très jeune archéologue, tout d'abord, nous fait le compte-rendu des travaux de fouilles effectués en 2010 sur le chantier de Pisseratte (à Guéret). Cet endroit a été, entre le 7ème et le 9ème siècle, un vaste centre artisanal de fabrication de céramiques, ustensiles de cuisine ou agricole, cruches ou jattes. Ensuite, un barbu sérieux nous parle d'un moule de hache, également trouvé à Guéret et datant de la même époque. D'importantes mines de cuivre ont fait de la Creuse, en ce temps là, un haut lieu de la fonderie des outils en bronze.
Histoire de changer de sujet, une savante dame nous dévoile qu'un registre de catholicité des habitants de Corse a été retrouvé à... Dun-le-Palestel. Ecrit en italien, il date de la période où la France a achetée cette île à l'Italie. La métropole, se méfiant des corses, y exerça une surveillance militaire jusqu'en 1792. Pourquoi ce "fichier" de catholiques corses se retrouve-il aujourd'hui en Creuse ? Nous le saurons (sans doute) prochainement !
Le sujet suivant nous est présenté par un timide jeune homme. Il poursuit fièvreusement ses recherches sur la dernière maison close de Guéret. Nous apprenons que, avant sa fermeture en 1946, elle était dirigée par Mme Henri (?). A l'époque, on parlait de "pensionnat de demoiselles". L'expression "maison close" vient du fait que les volets étaient fermés en permanence.
Le président de la Société des Sciences nous expose ensuite les résultats de l'enquète qu'il a mené sur le roman policier "A longue échéance" (éditions Fleuve Noir). Il a découvert que l'auteur, José Michel, se nomme en réalité Lucienne Michel. Ainsi, donc, José Michel était une femme ! Mais, de plus, elle était creusoise ! Ce n'est pas tout : son fils, André Capousis, sous le pseudonyme de Caroff, a écrit plus de 200 romans au Fleuve Noir (dont la série "Madame Atomos") quand, dans le même temps, sa mère en produit une douzaine.
Voilà. Plutôt amusant, non ? C'est la Société des Sciences que nous avons découvert ce jour là ! A propos : vous pouvez franchir le pas et en devenir membre. La cotisation annuelle est de 27 €. Elle permet de recevoir le fascicule (ou le CD-Rom) des publications de l'année, de participer aux sorties et d'être tenu au courant de toutes les activités... Mais allez sur leur site : tout y est expliqué !
Quelques creusois de renom sont aussi passé par là... Henri Auguste Delannoy (1833-1915) est un polytechnicien, passionné par les calculs de probabilité et les carrés magiques (sorte d'ancètres du Sudoku) qui existent depuis 2600 ans en Chine. En 1896, devenu président de la Société des Sciences, il se consacre à fond à l'histoire de la Creuse. Citons aussi, pour finir, Louis Lacrocq (1868-1940) qui publia une quantité phénoménale d'articles dans les Mémoires de la Société des Sciences de la Creuse dont, notamment, une description très bien documentée de la vie à travers les siècles dans la commune de La Celle Dunoise.
"La Courtine ? connais pas !" répondent certains. Une vague lueur illumine cependant l'œil de quelques autres : "Ah oui... le camp militaire !"
Il est vrai qu'il y a là un célèbre camp d'entrainement de l'armée française...
Mais, aujourd'hui, nous avons préféré nous rendre dans le bourg de La Courtine, à l'extrême sud de la Creuse, au cœur de l'extraordinaire et vaste Parc Naturel Régional de Millevaches en Limousin, à cheval sur la Haute-Vienne, la Corrèze et la Creuse.
L'hiver, la neige n'y est pas rare et les animaux sauvages doivent y survivre. Le ragondin, emblème du parc, en peuple les mille cours d'eau. Le renard, sur leurs rives immaculées, y cherche sa pitance en traquant la musaraigne et le mulot.
Les humains, quant à eux, préparent les fêtes de fin d'année. Ils ont organisé un marché de Noël dans la salle polyvalente. Les idées de cadeaux y abondent : conserves de produits locaux et bières du plateau, bijoux, décors pour la table ou la maison, aquarelles et bibelots, miel et pains d'épices artisanaux, etc, etc...
Des auteurs du Limousin ont également fait le déplacement pour proposer leurs livres : René Limousin, écrivain de terroir depuis 40 ans, fait face aux 2 sympathiques écrivaines que sont Marie-France Houdart et Josiane Garnotel.
Dans un coin, la paisible Chloé Dequeker, sur son tour de potier, travaille sensuellement la terre. Elle fait surgir entre ses mains habiles (et sous nos yeux fascinés) des poteries aux formes diverses, extrêmement fines et raffinées... Magique !
Sur la scène, Jo Sony et son orchestre nous offre un véritable festival de musique populaire ! Nous avons droit aux standards de l'accordéon mais aussi à un solo de xylophone, lui-même suivi d'un court concert de flute nasale, puis d'une démonstration de cor alpin suisse !
Au cours du repas du midi, assuré par de gentilles bénévoles, un homme à cheveux ras lance un "bon appétit" à la cantonade. En retour, il reçoit quelques "Merci mon colonel"!
A notre table, les écrivains René Limousin et Marie-France Houdart papotent et taquinent aimablement leur voisin, un moine cistercien affamé.
Dehors, les champs sont recouverts d'une bonne vingtaine de centimètres de neige. Des vaches oubliées y arrachent désespérément les bourgeons des arbres pour tromper leur faim. La-bas, les prairies proches de Saint-Martial-le-Vieux, sous le plus haut sommet creusois (932 m.), rêvent en vain qu'elles deviendront un jour pistes de ski.
Le renard nous lance un regard triste, comme s'il avait peur de ne pas réussir à traverser l'hiver. Nous le rassurons, le consolons par la pensée. Et, au printemps, sans faillir, nous reviendrons dans ce si joli et sauvage Parc Naturel Régional de Millevaches en Limousin.
Nous lui en faisons la promesse !
"Les promesses n'engagent que ceux qui y croient" !
"You talking to me ?"