C'est au 1er étage de la boucherie familiale (sise rue de la Mairie, à Guéret) que, le 26 juillet 1888, naît Marcel Jouhandeau. Accaparés par leur commerce, les parents du petit Marcel confient son éducation à sa tante Alexandrine (qui habite, quant à elle, rue de la Prison). Marcel apprend à lire et à écrire au couvent de la rue du Prat (où il est le seul garçon, perdu au milieu de 50 fillettes).

BOUCHERIE JOUHANDEAU


A 6 ans, il quitte le couvent et entre au lycée (laïque municipal). En 1897, sa tante décède et il rejoint alors la boucherie de ses géniteurs. Il devient ami avec 2 soeurs du Carmel de Limoges (en 1899) qui l'incitent à dévorer des livres pieux et lui font fréquenter l'église Saint-Pierre Saint-Paul où il va servir comme enfant de choeur pendant plusieurs années.

CARMEL DE LIMOGES


En 1903, il tombe amoureux de la "beauté christique" d'un adolescent de La Celle Dunoise. Il échoue ensuite aux épreuves du baccalauréat (en 1905) et décide brusquement d'arrêter ses études. La pieuse épouse d'un haut fonctionnaire de Guéret décide alors de faire de lui un prêtre (mais Jouhandeau, qui présent qu'il est homosexuel, se juge quant à lui indigne de se consacrer à Dieu).

MARCEL JOUHANDEAU ENFANT


A partir de 1906, il s'amuse à accumuler des annotations sur les habitants de Guéret et, en 1907, reprend ses études au lycée de la ville (dont il devient un brillant élève en rhétorique, philosophie et littérature). Réformé pour tuberculose, Marcel part à Paris et entre au lycée Henri IV où il se lie d'amitié avec l'élève Léon Laveine (qui lui fait découvrir les musées de la capitale).

MARCEL JOUHANDEAU LYCEEN


En 1909, tandis que le critique de cinéma Louis Delluc l'initie à la poésie, Marcel Jouhandeau s'inscrit en licence de lettres à la Sorbonne et fait la connaissance de l'abbé Jean Mauriac (dont le frère est l'écrivain François Mauriac). En 1912, il avoue à Louis Delluc qu'il l'aime. Etant hétérosexuel, ce dernier le repousse. Marcel décide alors de se suicider mais... il se rate.

LOUIS DELLUC


Il enchaîne ensuite les relations avec les hommes, avant de devenir professeur de lettres au pensionnat catholique Saint-Jean-de-Passy (en 1913). Bien que réformé, Marcel Jouhandeau est toutefois incorporé en 1915 dans le 78ème régiment d'infanterie, à la caserne des Augustinesà Guéret. Il va y passer toute la durée de la guerre (comme secrétaire).

GUERET-1915


Démobilisé en 1919, il redevient professeur au pensionnat Saint-Jean-de-Passy, à Paris, et fait également parvenir un manuscrit à Gaston Gallimard, lequel décide de le publier. Marcel Jouhandeau fait ensuite la connaissance d'André Gide, de Max Jacob et de Marie Laurencin. En 1923, il rencontre François Mauriac qu'il trouve "exquis et tourmenté".

FRANCOIS MAURIAC


Puis (chère lectrice et cher lecteur) Marcel entame ensuite (en 1926) une liaison amoureuse avec "la duchesse" (la veuve de Léon Laveine, son ancien ami du lycée Henri IV). Il voyage avec elle en Autriche, en Italie et en Espagne et en rapporte 4 idées de nouveaux livres. Puis il décide de se marier et, le 4 juin 1929, épouse... Elisabeth ("Elise") Toulemont (une danseuse)

ELISE TOULEMONT


Les témoins des 2 tourtereaux se nomment Jean Cocteau, René Crevel, Gaston Gallimard et Marie Laurencin. Marcel Jouhandeau quitte alors son poste au pensionnat Saint-Jean-de-Passy. En 1930, son père meurt mais il n'assiste pas à l'enterrement

(l'héritage va cependant lui permettre d'effacer les 75.000 francs de dettes que son épouse a contractées).

JEAN COCTEAU


Le 22 mars 1933, Jouhandeau assiste à une réunion du Parti Communiste où il applaudit André Gide, lequel dénonce à la tribune la montée de la violence fasciste. En 1934, Marcel Jouhandeau termine l'écriture de ses satiriques Contes de Chaminadour

(il utilise le nom de Joséphine Chaminadour, l'une des 2 influentes soeurs du Carmel de Limoges rencontrées en 1899, pour lui rendre hommage).

ANDRE GIDE


Le 15 mars 1936, sa mère meurt. Marcel, qui veillait à son chevet depuis 2 semaines, en éprouve un chagrin immense. Ce décès le fait par ailleurs hériter de 5 immeubles (situés au coeur de Guéret). En juin, l'instauration de la semaine de 40 heures et celle des congés payés (ainsi que la création du "ministère des loisirs") lui font subitement détester le Front Populaire...

MARCEL JOUHANDEAU ET SA MERE


En septembre, à l'occasion de la sortie d'un de ses livres, il affiche subitement sa haine des juifs. Puis, le 8 octobre, il écrit un article dans L'Action Française qu'il titre Comment je suis devenu antisémite. Il y affirme que "le peuple juif est le pire ennemi de la France". Le milieu littéraire commence alors à se détourner de lui. Jouhandeau récidive en février 1937...

L'ACTION FRANCAISE- 1936


Dans le même journal d'extrême-droite L'Action Française, il publie un article encore plus violent (dont le titre est Le péril juif) et, en juillet, en rédige un 3ème (Le procédé juif). En 1938, il s'en prend de nouveau aux juifs dans La France Enchaînée (le journal de Darquier de Pellepoix, dirigeant d'extrême-droite). André Gide se dit alors totalement écoeuré par ses papiers.

GUERET


Les Nouvelles Editions Latines (qui ont publié la version française du Mein Kampf d'Adolf Hitler) font imprimer en 1939 un recueil des billets antisémites de Marcel Jouhandeau. En juin 1940, Jouhandeau assiste à l'entrée de l'armée allemande dans Paris : il écrit alors que sa vie n'a jamais été aussi tragique que ce jour là. Mais, en 1941, l'occupant lui fait une proposition...

MARCEL JOUHANDEAU-1942


Un officier allemand l'invite à se rendre en Allemagne pour y assister à un "Congrés des écrivains européens". D'abord réticent, Marcel Jouhandeau finit par accepter et part pour 3 semaines (avec 4 autres écrivains français). A son retour, il écrit un article élogieux sur le sympathique et discipliné peuple allemand : fin 1943, Marcel reçoit alors une 1ère menace de mort...

ELISE JOUHANDEAU


En 1944, le couple Jouhandeau commence à redouter la libération de la France, laquelle semble désormais imminente. Histoire d'en rajouter, Elise (l'épouse de Marcel) dénonce Jean Paulhan (un fidèle ami de Marcel) comme juif. Marcel prévient aussitôt son ami qui échappe de peu à la milice. Les lettres anonymes se multipliant, les Jouhandeau préfèrent alors se cacher.

JEAN PAULHAN


Mais, le 13 septembre, ils sont arrêtés par des FFI. Etrangement, bien que le nom de Marcel Jouhandeau soit sur toutes les listes noires de la Résistance, le couple est relâché. Ils s'éclipsent alors pour Vichy, dans la famille d'Elise. Après avoir été finalement capturé, Marcel Jouhandeau comparait le 9 mai 1945 à Paris pour y répondre de ses actes...

MARIE LAURENCIN


Jean Paulhan témoigne alors en sa faveur et, grossissant le patriotisme de Marcel Jouhandeau, sauve ainsi (à son tour) la mise à son ami. En septembre 1946, Paulhan conseille toutefois au couple Jouhandeau de se faire oublier. Quelques mois plus tard (le 13 janvier 1947), le tout-Paris littéraire assiste à une conférence d' Antonin Arthaud (théoricien de théâtre)...

MARCEL JOUHANDEAU - CHAMINADOUR


Jouhandeau est présent, tranquillement assis dans l'assistance. Le lendemain du décès d'André Gide (survenu le 19 février 1951), Marcel fait publier un texte en son hommage dans Combat... un journal qui est issu de la Résistance. Le 22 décembre 1978, Bernard Pivot consacre son émission Apostrophes à Marcel Jouhandeau (désormais âgé de 90 ans et aveugle).

MARCEL JOUHANDEAU AGE


Après avoir exprimé par écrit son souhait d'être enterré à Guéret, Marcel Jouhandeau change d'avis et demande à être inhumé auprès de son épouse, dans le cimetière parisien de Montmartre. Le 7 avril 1979, l'écrivain guérétois meurt et sa tombe est installée à Paris, auprès de celle d'Elise Jouhandeau

(laquelle a partagé une partie de sa vie mais... n'a jamais supporté les nombreux amants de son mari).

GUERET-RUE DE LA MAIRIE


 Source : "JOUHANDEAU Chaminadour contes, nouvelles et récits" - 1540 pages, 84 documents

(publié par les Editions Gallimard)