René Viviani, député socialiste de Bourganeuf, est l'amant de Marguerite Durand (la fondatrice du journal féministe La Fronde). Il siège donc au parlement (en toute logique) au sein du groupe des féministes... puis il est nommé président du Conseil (c'est à dire chef du gouvernement de la République française). Et c'est à ce titre que, le 2 août 1914, il décrète la mobilisation générale...

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René Viviani s'empresse alors de déclarer "la mobilisation n'est pas la guerre !". Mais il sait pertinemment bien qu'elle est pour bientôt et l'ancien député de la rurale Creuse s'inquiéte d'un futur manque de bras dans les campagnes à l'heure des moissons. Aussi, le discours qu'il prononce le 7 août est destiné en priorité aux paysannes (mais aussi aux autres Françaises)...

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"Debout femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie. Remplacez dans les champs ceux qui sont sur le champ de bataille. Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés ! Il n'y a pas dans ces heures graves de labeur infime. Tout est grand qui sert le pays. Debout ! Il y aura de la gloire pour tout le monde !".

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La France vient en effet d'envoyer au front 3,7 millions de ses agriculteurs et il ne lui reste désormais plus que 1,5 million de paysans (vieux, trés jeunes ou handicapés) pour nourrir les Français. Donc 1.150.000 paysannes se transforment (par néccessité) en "soldats de la moisson" pour pallier à l'absence des (rappelons-le) 3.700.000 hommes de la campagne et des champs...

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Elles font du mieux qu'elles peuvent et, même si la récolte est moindre qu'en 1913, même si les pommes de terre que cultivent et récoltent les Creusoises partent pratiquement toutes (par trains entiers) vers le front pour y nourrir les soldats, même si Guéret, Aubusson, Felletin et d'autres villes manquent de tout et voient flamber les prix, le pays peut manger !

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Une commission agricole demande que les femmes et mères de mobilisés exploitant seules la ferme familiale perçoivent le revenu du Mérite agricole... mais cela leur est refusé ! Sur décision du gouvernement, la volaille et le lapin sont vendus dans des boucheries municipales, pour éviter la spéculation, et des tickets de rationnement sont mis en circulation dans le pays.

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Au début de 1915, la France a déjà perdu 900.000 hommes au combat. La bonne recette de Viviani est étendue du monde agricole à tous les secteurs d'activités car les 8 millions de Français qui sont dans les tranchées font défaut ailleurs. Les femmes sont donc massivement embauchées

(mais jamais à des postes à responsabilité et jamais rémunérées au même prix que les hommes)...

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Souvenez-vous : dans son discours du 7 août 1914, le Creusois René Viviani n'a jamais rien promis d'autre aux femmes que de la gloire (il a donc tenu parole) ! En 1918, elles sont priées de céder leurs emplois aux démobilisés qui reviennent du front et elles doivent "réconforter leurs époux pour sauver la race". En Allemagne, les femmes ont obtenu le droit de vote (en 1919)...

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Le féministe creusois nommé René Viviani ne vivra quant à lui pas assez longtemps pour voir les Françaises voter... puisqu'elles devront attendre 26 années supplémentaires pour obtenir ce droit (en 1945). Ce ne sera, en effet, qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale que les politiciens masculins le leur accorderont... à contrecoeur pour certains d'entre eux !

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