La Corporation de Saint-Aurélien (celle des bouchers de Limoges) est depuis le moyen-âge la plus puissante de la ville. Depuis des siècles, elle n'est représentée que par 6 familles... nombreuses (les Parot, les Cibot, les Plaine-Maison, les Juge, les Malinvaud et les Pourret) qui forment un groupe d'environ 400 membres, lesquels ne se marient qu'entre eux (des sanguins consanguins donc !).

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Exerçant le même métier, les 400 membres de la Corporation ont donc les mêmes occupations. De plus, ils habitent tous dans la rue de la... Boucherie ! Farouchement conservateurs, ils sont aussi trés religieux et, à ce titre, forment une communauté doublement unie. L'entr'aide entre membres est d'ailleurs obligatoire (et celui qui tente de s'y soustraire s'expose à une amende).

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Les membres de cette Corporation possèdent toutes les maisons de la rue de la Boucherie et chacun transmet (aristocratiquement) son bien à l'aîné de ses fils, lequel y installe son épouse le jour de son mariage (ses frères se contentant de se mettre au service d'autres bouchers et ses soeurs de se marier à... des bouchers). Sur les foires du Limousin, la Corporation se comporte en tyran...

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Seuls ses membres ont le droit d'y acheter des bêtes et, quand le courageux maire de Laurière (en Haute-Vienne) tente de s'opposer à ce "diktat", la Corporation de Saint-Aurélien décide de boycotter les foires de sa ville. Résultat, sous la pression de ses administrés-éleveurs, le maire de cette commune fait rapidement marche arrière et s'incline.

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Avec l'apparition du train, des marchands venus d'ailleurs parviennent à briser ce monopole (un rien... mafieux). Mais les bouchers de Limoges s'en moquent : ils connaissent depuis si longtemps les éleveurs du Limousin ! Puis, entre 1860 et 1892, une autre concurrence, totalement inimaginable, voit le jour dans l'imprenable rue de la Boucherie...

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Des bouchers, étrangers à la Corporation et n'appartenant pas à l'une de ses 6 familles, parviennent à s'y installer ! Certains ouvrent même des boucheries dans d'autres quartiers de la ville, laquelle compte alors 86 bouchers. Cependant, la trés grande majorité d'entre eux demeurent toujours fidèles à la Corporation et restent dans la rue de la Boucherie.

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Toujours trés conservatrice et trés pieuse, la Corporation de Saint-Aurélien fait partie d'un électorat hostile à la mairie de Limoges qui est, quant à elle, de tendance Républicaine, mâtinée de radical-socialisme. Aussi, le projet de la mairie de créer un boulevard (qui couperait en 2 la rue de la Boucherie et exproprierait plusieurs bouchers) provoque une levée de boucliers...

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Fidèles à leur communauté, les membres de la Corporation se dresse comme un seul homme et l'administration municipale préfère alors reculer et abandonne provisoirement son idée de percer son boulevard. Mais la Corporation des bouchers a un autre ennemi : il s'agit d'un article du Code pénal qui prescrit le partage égal des biens entre tous les héritiers...

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Les familles nombreuses qui composent la Corporation de Saint-Aurélien sont ainsi progressivement amenées à vendre leurs maisons. La rue de la Boucherie a désormais cessée d'être cette ruche où s'agitaient les marchands de viandes pour devenir celle des marchands d'art. Et certains jours, des touristes curieux et gourmands de pittoresque y affluent.

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