Des officiers royaux sont envoyés en Creuse en 1841 pour y réaliser des cartes d'état-major, enrichies de notes statistiques, militaires, géographiques, économiques et sociales. Les soldats constatent d'abord que la pauvreté des sols et le manque de population nuisent à l'essor de l'agriculture (70% des terres cultivables sont en jachère).

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Le paysan creusois n'amende pas plus qu'il n'irrigue des champs dont le rendement est dérisoire. Il préfère ses pâtures, dans lesquelles paissent les bovins qui font la renommée de la Creuse et rapporte 250 francs pièce (contre 10 pour un mouton). Le département exporte aussi de la toile de chanvre, des chapeaux en feutre et des tapis en laine.

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Le transport des marchandises (qui se fait sur des chariots tractés par de robustes chevaux) coûte 3,75 francs les 100 kilos, convoyés d'Aubusson à Limoges. La Creuse du 19ème siècle produit aussi de beaux cuirs et de fines poteries (il existe même une manufacture de porcelaine à Bourganeuf). Dans les campagnes, le sarrazin permet de faire les galettes qui font office de pain. 

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Les paysans s'habillent de vêtements de toile (grise pour les hommes et bleu clair pour les femmes) et chaussent des sabots en bois. Les hommes portent des chapeaux et les femmes de rudimentaires bonnets. Ils construisent eux-mêmes leurs maisons dont les murs sont faits d'un mélange de cailloux et de morceaux de bois que lie un mortier grossier mais robuste.

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Les toitures sont en chaume (et de trés rares fois en ardoises). Leurs lits sont des sortes de caissons fermés où les plus riches dorment sur de moelleux matelas de plumes (et sous une couverture en laine) et les autres sur des balles de paille couvertes d'une toile. Le paysan creusois est considéré par les militaires impériaux comme étant un des plus intelligents de France...

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Il est également loin d'être le moins instruit : pratiquement tous les migrants savent lire, écrire et dessiner un plan. La bibliothèque de Guéret ne possède cependant pas plus de 6000 livres. La langue française est correctement comprise dans les campagnes où elle est peu utilisée : entre eux, les creusois n'utilisent que le patois de leur "pays".

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Quelques 300.000 maçons saisonniers y reviennent (majoritairement de Paris et de Lyon) la veille de Noël (s'y ajoutent les scieurs de long et les peigneurs de chanvre qui, eux, reviennent au pays en juillet). A eux tous, ils ramènent chaque année plusieurs millions. Les creusois ne sont pas du tout attirés par les carrières militaires. C'est même plutôt le contraire...

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Plus de 22% d'entre eux sont signalés comme déserteurs et la garde nationale attire si peu qu'elle est pratiquement inexistante en Creuse. Plutôt que de partir à l'armée, le creusois préfère acquérir des terres (si pauvres soient elles), devenir propriétaire et être vraiment "quelqu'un" en devenant enfin imposable !

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En 1841 (toujours selon l'enquête des officiers royaux), les creusois craignent avant tout le diable, les sorciers et les sorcières, ainsi que les loups-garous. La vie quotidienne est parsemée de croyances issues du fond des temps et de superstitions étonnantes. De nos jours, rien de ce que vous venez de lire ci-dessus n'est plus de mise... évidemment.

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