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Par décret du 19 juin 1857, la (future) ligne de "chemin de fer" Montluçon-Limoges est attribuée à la Compagnie Paris-Orléans (qui fait déja rouler les trains entre Paris et Toulouse). Cette voie ferrée sera la 1ère à voir le jour en Creuse. Elle transportera des voyageurs (mais permettra aussi d'acheminer la houille de la Creuse vers les industries de Limoges et de Poitiers).

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Plusieurs tracés sont étudiés et la Compagnie Paris-Orléans choisit celui qui passe par Lavaufranche et Guéret avant de rejoindre Saint-Sulpice-Laurière pour se raccorder ensuite à la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (évidemment, les élus de La Souterraine, de Bourganeuf et d'Aubusson protestent aussitôt car leur commune n'est pas sur le tracé !).

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Le gouvernement impérial accepte le choix de la Compagnie Paris-Orléans à condition que soit réalisé un embranchement entre Busseau-sur-Creuse et les mines de houille du bassin d'Ahun (qui seront ainsi connectées à la ligne Montluçon-Limoges). Louis Jarrit-Delille, le maire de Guéret, se félicite de l'arrivée prochaine du chemin de fer dans sa ville...

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Mais le maire de Guéret note toutefois que monsieur Pouyat, un riche porcelainier de Limoges qui a acheté les 120 hectares du bassin houiller de Bosmoreau-les-Mines pour 45.000 francs en 1850, va réaliser de confortables bénéfices grâce à ce même chemin de fer (lequel acheminera - à peu de frais pour lui - le charbon Pouyat jusqu'à la manufacture Pouyat)

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La ligne Montluçon-Limoges est alors mise en chantier et l'avancement des travaux laisse espérer une ouverture pour la fin de l'année 1864. Mais, quand les 63 km du tronçon de Montluçon à Busseau et les 59 du tronçon de Saint-Sulpice-Laurière à Busseau sont prêts, les 340 mètres du viaduc de Busseau ne sont pas encore terminés !

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Ces 340  derniers mètres deviennent opérationnels en février 1865 et les trains peuvent donc désormais circuler sur les 139 kilomètres de la nouvelle voie. Des terrains ont été achetés (dans l'Allier, la Creuse et la Haute-Vienne) afin de permettre la réalisation d'une seconde voie dans le futur (les 351 propriétaires de ces parcelles ont reçus, à eux tous, la modique somme de 2.105.639 francs).

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Sachant que chaque kilomètre de cette liaison Montluçon-Guéret-Limoges a coûté en moyenne 222.000 francs, que le coût total a approché les 17 millions de francs et que la construction de la ligne a nécessité quelques 4,3 millions de m3 de ballast, saurez-vous dire quel était l'âge de l'ingénieur en chef de ce chantier ? (veuillez nous excusez : c'est plus fort que nous !)

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En 1865, cette ligne peut profiter aux 46.313 personnes qui habitent les 36 communes situées sur son parcours (sans compter MontluçonGuéret et Limoges). En 1871, le tracé entre Busseau et Ahun est prolongé jusqu'à Aubusson puis, en 1882, jusqu'à Felletin. Une autre ligne est ensuite créée en 1883 entre Vieilleville et Bourganeuf...

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Les lignes continuent de naître et Guéret est ainsi raccordée à Saint-Sébastien en 1886, puis Felletin à Ussel en 1905. Les derniers kilomètres de voies ferrées à être construits en Creuse relient Guéret à La Châtre en 1906. La Creuse possède alors un réseau convenable qui lui permet d'assurer un véritable service public...

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Mais, en 1952, l'état décrète brutalement que la plupart des lignes creusoises ne sont pas rentables et décide de les fermer. Les centaines de kilomètres de voies ferrées (qui ont coûtées des dizaines de millions de francs) deviennent les proies des ronces et de la rouille. Des dizaines de milliers de creusois se retrouvent alors privés de trains.

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La SNCF les remplace par des bus diesel (et sous-traite le plus souvent ce service auprès de compagnies privées). Quant au réseau de voies ferrées, il se réduit désormais à une seule ligne : celle qui relie Montluçon à Guéret et à Limoges. En agissant ainsi, le  gouvernement ramène le chemin de fer de la Creuse à sa situation de... 1865.  

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