Le 18 avril 1946, à Paris, une station de radio annonce une nouvelle sensationnelle : de l'uranium vient d'être découvert dans la Creuse ! La France possède donc (elle aussi) un gisement d'uranium ! Après avoir dit et écrit un peu n'importe quoi sur le sujet, les journalistes (venus de toute la France) assaillent le géologue creusois Alphonse Naigeon qui s'applique à rectifier leurs erreurs...

la bombe de Nagasaki


Naigeon leur rappelle d'abord que la découverte du minerai uranifère de Creuse date de... 1865 (nous la devons à l'ingénieur de la Société des Mines d'Etain de Montebras, commune de Soumans, prés de Boussac). En 1908Alphonse Naigeon se rend à Montebras. Il y recueille des cristaux de chalcolite uranifère et, en 1909, les soumet à Marie Curie qui confirme leur radioactivité.

chalcolite


A l'époque, la chalcolite uranifère n'a pas de débouchés commerciaux (elle est anecdotiquement utilisée dans la céramique, la verrerie et la photographie) et celle qui est extraite à Montebras est dispersée (depuis plus d'un siècle) tout autour de la mine. Mais, en 1946, après le largage des bombes atomiques américaines sur le Japon, l'uranium devient brusquement un métal précieux.

Pierre et Marie Curie


Une Commission Française de l'Energie est créée. Elle est composée de 4 membres et est présidée par Pierre Curie. Le 1er août 1946, avec ses modernes détecteurs d'atomes, elle vient dans la Creuse pour évaluer la qualité du gisement uranifère de Montebras. Ses membres, totalement convaincus, écrivent alors qu'il est "des plus intéressants"...

double cocorico


Les savants qui sont venus en Creuse ont, en effet, découvert qu'une tonne de ce minerai contient de 2 à 3 milligrammes d'uranium... Or, avec 1 gramme, la France peut produire 21.250 KWH d'électricité ! Et, en plus, la mine de Montebras est idéalement située (raccordée à la voie ferrée Montluçon-Guéret, elle n'est qu'à 30 km de Montluçon et à moins de 300 m. de la rivière Petite Creuse) !

Montluçon


En cette année 1946, la Commission Française de l'Energie ne s'inquiète pas du fait que, pour récolter ce gramme d'uranium, la mine va générer quelques 300 à 500 tonnes de déchets radioactifs. Euphorique, elle néglige également le fait que pour éclairer pendant 1 an une ville comme Paris, il faut (théoriquement, à cette époque) disposer de 40 kilos d'uranium...

lumieres de Paris


Dans la mesure où cette mine du nord de la Creuse contient bien ces 40 kilos, elle se retrouvera donc (au bout de cette 1ère année) avec quelques 12 à 20 MILLIONS de tonnes de déchets radioactifs dont elle devra se débarrasser.

lumieres de Creuse


A l'origine, la mine d'étain de Montebras est exploité par les gaulois. Puis elle devient un camp et une mine romaine... A lire : "L'Antique mine de Montebras" (Alphonse Naigeon - Imprimerie Betoulle) et "Les utilisations industrielles des produits de Montebras" (Alphonse Naigeon - tome 30/année 1947 des mémoires de la Société des Sciences de la Creuse).

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