L'histoire commence quand Gérald de Crozant, seigneur de Bridiers, donne aux moines de Saint-Martial une colline voisine de son château et délègue son droit de suzerain sur cet endroit aux moines. Mais, pour inciter de nouvelles familles à s'installer autour du monastère qu'ils viennent de construire sur cette colline, les moines décident d'affranchir les habitants de l'enclave de La Souterraine...

2929


Les sostraniens n'ont plus de corvées seigneuriales à effectuer et organisent eux-mêmes la gestion de leur ville. Pour cela, ils se réunissent en assemblées générales, après la messe du dimanche, sur la place de l'église. Chaque fois qu'ils en ont besoin, ils désignent des délégués dont le pouvoir ne dure pas plus que le temps nécessaire à l'accomplissement de la mission qui leur a été confiée.

5926


Un document, écrit en 1539, atteste que ce mode d'administration de la ville existe déjà au 16ème siècle. Sur la place de l'église se trouve un tableau qui liste les habitants aptes à exercer les fonctions de consul-collecteur. La liste est mise à jour chaque année, en septembre, au cours d'une assemblée générale. Les 4 premiers noms de la liste constituent le syndic de la ville.

8462


Le syndic est chargé de l'administration de la communauté urbaine, du bon encaissement des taxes et de la bonne exécution des travaux à faire. Son pouvoir est limité à 1 an. Si l'un des 4 décède, un de ses héritiers est nommé à sa place. Les membres du syndic ne doivent rien décider sans avoir obtenu par référendum l'approbation de l'assemblée des habitants.

5924


Pour convoquer une assemblée générale, un des membres du syndic fait sonner une cloche à la sortie de la messe du dimanche. Les décisions qui sont prises sont couchées sur papier par un notaire royal, contresignées par le syndic et par des habitants. Le tableau qui liste les membres du syndic et les consuls-collecteurs est réalisé pour plusieurs années (jusqu'à 20 ans parfois).

5933


En 1692, Louis XIV crée la charge de maire, ce dernier étant nommé par le roi. Les offices des maires peuvent, à partir de 1706, être revendus au plus offrant. La plupart des villes décident alors de les racheter afin d'avoir le droit de choisir leur maire. Celui de La Souterraine assiste aux assemblées générales mais n'a pas le droit d'y prendre la parole.

2954


Le bureau de poste qui dessert La Souterraine se trouve à Arnac-la-Poste, à 13 km. Depuis quelques temps, les habitants et le syndic tentent sans succés d'obtenir un bureau à La Souterraine. Le sujet est abordé lors de l'assemblée du 15 novembre 1767 : il y est décidé, pour obtenir gain de cause, de faire une nouvelle proposition aux administrateurs des postes royales...

2964


En dédommagement du passage chaque mardi à La Souterraine du porteur de courrier qui relie Toulouse à Paris, les habitants s'engagent à payer (en plus du port déjà prévu) 1 sol pour chaque lettre partante ou arrivante ! Les sostraniens attendent cependant le 8 novembre 1789 pour avoir enfin un bureau postal... municipal (avec un délégué désigné pour s'en occuper).

5928


Après la Révolution, le système d'administration multicentenaire de La Souterraine disparait. Comme chaque commune de la République française, elle est tenue de se réunir en états généraux pour dresser ses "cahiers de doléances" et pour nommer ses députés. Les états-généraux de La Souterraine se tiennent le 1er mars 1789 dans la chapelle Saint-Michel...

8511


Quatre sostraniens sont alors désignés pour porter à Limoges les fameux cahiers : Jean-François de Lestang (juge et seigneur de la Fôt), Jean-Baptiste Rebière (avocat royal), Silvain-Charles Dufour de la Prugne (avocat et seigneur de la Prugne), et André de Gartempe de la Cour (subdélégué royal). Eux seuls, à La Souterraine, pourront voter pour élire les députés du tiers-état de Limoges.

2944