Lorsque vous évoquez l'ancien théâtre de Guéret devant ceux qui l'on connu en activité, vous voyez aussitôt de belles étoiles s'allumer dans leurs yeux... En l'occurence, il s'agit d'étoiles du 7ème art puisque ce petit théâtre à l'italienne a terminé sa carrière comme salle de cinéma en 1983, après avoir enchanté une grande partie des habitants de Guéret et des environs.

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Sa passionnante histoire (si, si, z'allez pas être déçus !) commence en 1793, en période révolutionnaire : la vieille chapelle des Pénitents Blancs, qui se trouve sur la place des Barnabites (future place Varillas), est transformée en Salle de Comédie, laquelle est ensuite détruite, ayant eu la malchance de se trouver sur le tracé de la route Nationale (940 ?) qui relie Montargis à Uzerche.

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En 1837, venu de Limoges, l'architecte Vincent Boulle est chargé de dessiner les plans d'un théâtre qui sera construit à peu près au même endroit que celui qu'occupait la précédente Salle de Comédie. Bien que "de province", ce petit théâtre à l'italienne va permettre aux acteurs qui y jouent de présenter d'honorables oeuvres dramatiques ou comiques, voire d'excellents opéras.

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Au milieu du 19ème siècle, une certaine Rose Cizos (que les moins de 166 ans ne peuvent pas connaître) y commence sa carrière de comédienne. Elle devient, sous le nom de scène de Rose Chérie (ne ricanez pas bêtement, s'il vous plait !) une des meilleures actrices de son époque. Malheureusement, mal entretenue, la bâtisse (oui, c'est du théâtre dont il s'agit) subit les outrages du temps et se détériore.

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Pendant la première guerre mondiale, le théâtre sert de caserne à des poilus qui peuvent y dormir et s'y refaire une belle santé... avant de retourner la perdre au front. Pendant ce temps, le théatre continue de se dégrader et, en 1928, venu cette fois de Montluçon, l'architecte Gilbert Talbourdeau reçoit la mission de le restaurer...

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A présent, comme vous bouillez d'impatience de connaître la suite des aventures de ce pauvre petit théâtre, nous allons (sadiquement) faire une pause au cours de laquelle nous allons (peut-être) vous apprendre qu'il n'y a en France que 170 théâtres à l'italienne et que 8 seulement ont été construits pendant la première moitié du 19ème siècle... dont celui de Guéret !

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Nous sommes également en mesure de vous révèler qu'en 2037, le théâtre à l'italienne de Guéret aura 200 ans tout rond ! Bien. Voilààà ! Ceci étant dit, la pause est terminée et nous pouvons donc reprendre... En 1930, Gilbert Talbourdeau ayant bien travaillé, le théâtre est désormais superbement rénové et doté d'un magnifique nouvel escalier...

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Dans Le Courrier du Centre du mardi 18 novembre, monsieur Cazautets, grand spécialiste de tout ce qui touche au spectacle, affirme même que, parmi toutes les villes de sa taille, Guéret est celle qui possède le plus beau théâtre ! Hélas, deux ans plus tard, l'activité théâtrale ayant fortement déclinée, il est envisagé d'en faire une salle de "cinématographe".

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C'est à ce moment là qu'un certain Max de Cuvillon prépare son entrée en scène : alors qu'il n'a que 18 ans, il part à Hollywood avec le peintre Maurice Leloir pour participer au tournage du film Le Masque de Fer que réalise Douglas Fairbanks. Six mois plus tard, Max de Cuvillon revient à Paris et se met à fabriquer des appareils de projection cinématographique.

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Puis, pistonné par son père, Max de Cuvillon débarque à Guéret (on croit rêver !) et y devient le directeur du Cinéma du Théâtre. Au début de 1932, il installe un projecteur dans la nouvelle cabine et l'ouverture officielle est fixée au jeudi 18 février. Le court-métrage Don Dougio, les actualités Eclair Journal et un dessin animé sont projetés en 1ère partie...

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Arrive ensuite le film vedette, à savoir Le Million, une oeuvre du cinéaste René Clair. Comme le Cinéma du Théâtre ne comporte que 290 places, plusieurs séances doivent avoir lieu chaque semaine. La 1ère est à 13h45 et la seconde à 20h30. Les guérétois, trés friands, peuvent réserver sur place, par courrier, ou par téléphone en demandant le N° 2-44.

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Selon l'emplacement, le prix de la séance est de 4, 6, 8, 10 ou 12 francs. Pour son époque, le Cinéma du Théâtre est un des rares établissements de France qui offre à ses spectateurs une luxueuse salle  équipée de sièges très confortables (nous avons testé et nous vous le confirmons). Max de Cuvillon va occuper le poste de directeur du Cinéma du Théâtre du début jusqu'à la fin...

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Chaque jour, ce véritable "Monsieur Cinéma" de Guéret est omniprésent, allant jusqu'à remplacer la caissière s'il le faut. Il tient son poste jusqu'à la dernière projection, laquelle se déroule le 31 décembre 1983 (par ailleurs, nous nous sommes laissés dire que le Cinéma du Théâtre n'aurait jamais projeté le moindre film pornographique pendant les 51 ans de son existence).

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En 1991, alors que le petit théâtre à l'italienne est à l'abandon depuis 8 ans, l'association Le Manteau d'Arlequin parvient à convaincre la municipalité de Guéret d'en rénover la toiture : le bâtiment est ainsi mis à l'abri du pire. Puis Masquarades, une autre association guérétoise, prend le relais et se fixe 3 ambitieux objectifs : sauvegarder, restaurer et exploiter ce théâtre !

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Pour y parvenir, Masquarades calcule qu'il va lui falloir trouver 2,3 millions d'euros (tiens, y'en a qui tousse là) pour refaire l'électricité, le mettre aux normes de sécurité, installer du chauffage, ré-aménager la scène et l'équiper, remettre à neuf les gradins, les baignoires, les balcons, démollir la cabine de cinéma, restaurer les décors, payer l'architecte, la TVA à 20%, etc..., etc...

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http://www.masquarades.fr (cliquez ici)  -  masquarades.asso@hotmail.com  

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Anny Duperey est la marraine de Masquarades.