Lorsque vous évoquez leur merveilleux pays, les creusoises et les creusois détestent que vous le réduisiez à la seule tapisserie d'Aubusson ! C'est pourquoi (malgré les millions de sujets par nous traités) MARCHOUCREUSE n'a jamais trop osé en parler auparavant. Mais, aujourd'hui, nous vous emmenons (courageusement) dans l'Atelier-musée des cartons de tapisserie...

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La visite (obligatoirement guidée) vous permettra de découvrir les techniques (passionnantes) et l'histoire (surprenante) de la tapisserie. Tout commence avec le travail d'un artiste qui crée une maquette. Puis, un peintre-cartonnier agrandit cette maquette pour faire un carton (ah, tiens !), lequel doit être de la taille exacte de la future tapisserie (c'est bon, vous suivez là ?).

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Pour reproduire fidèlement l'oeuvre originelle, le peintre-cartonnier doit maîtriser (à la perfection) la peinture à l'huile ou à la gouache. De nos jours, de petits rusés utilisent des cartons numérotés (chaque N° désignant une couleur), des calques, des collages ou encore des photographies. L'agrandissement de la maquette étant même (parfois) fait au rétroprojecteur.

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Le teinturier intervient ensuite : son rôle consiste à indiquer quelles sont exactement les couleurs qui devront être utilisées... et en quelle quantité (car il est, parait-il, impossible de faire 2 fois de suite exactement la même teinte). Le carton de tapisserie est alors placé sous les fils de la chaîne du métier. Le lissier devra alors écarter ces fils pour pouvoir lire les formes et les couleurs qu'il doit tisser.

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Au 15ème siècle, les "cartons" sont dessinés sur des draps épais, sans aucune couleur (le lissier doit se débrouiller). La peinture à l'huile ne fait son apparition (sur des toiles en coton) qu'au milieu du 19ème siècle. Puis, la florissante industrie du papier apporte un support plus pratique. Des peintres-cartonniers sont "spécialisés" et ne peignent que des fleurs, des animaux ou de la "verdure"...

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D'autres sont chargés de reproduire les couleurs de la peau ou les visages et sont choisis parmi les meilleurs (les jaloux ont sûrement voulu leur peau). Un nombre considérable de cartons a été réalisé par des artistes (souvent anonymes) mais la plupart de leurs oeuvres ont été détruites (par une utilisation répétée sur les métiers à tisser ou par des incendies)...

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Les collectionneurs de cartons de tapisserie devront donc bien souvent se satisfaire avec des pièces dont les plus anciennes ne datent que du 18ème siècle. Ceux des 20ème et 21ème siècle sont, quant à eux, bien souvent récupérés par les héritiers. Parfois, l'artiste détruit lui-même les cartons (c'est pourquoi, des cartons peuvent valoir plus chers que les tapisseries qu'ils ont servi à réaliser).

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Les couleurs de la tapisserie (quelles soient végétales, animales ou chimiques) doivent résister à la lumière et aux lavages. Le teinturier les obtient en plongeant le textile dans une eau d'une très très grande qualité (notamment pour dégraisser la laine). Voilà pourquoi, dés le moyen-âge, des manufactures se sont installées au bord de la Creuse, à Aubusson et à Felletin... CocoriCreuse !

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Le teinturier moyen-âgeux dose la coloration de ses bains au jugé, ne se reposant que sur son expérience. Les couleurs sont obtenues avec des plantes (indigo, garance, campêche, kermès, brou de noix, écorces, etc...). Les échevaux de laine teintés sont séchés, puis enroulés (au rouet manuel), avant d'être mis sur des navettes qui vont être utilisées sur les métiers à tisser.

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La couleur pourpre, qui est obtenu avec un coquillage (le murex), est réservée aux seuls princes (oh l'autre, hé !). Le rouge (obtenu avec la garance) est, lui, très difficile à fixer : les maîtres-teinturiers de la Marche ne l'utiliseront pas avant 1731. A la fin du 17ème siècle, à Paris, Colbert regroupe tous les ateliers lié à la tapisserie dans l'ancienne teinturerie de la famille Gobelin...

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Ainsi naît la Manufacture Royale de Gobelin, tandis qu'à Aubusson et Felletin, les artisans tapissiers ne veulent pas entendre parler de regroupement. En 1755, 112 colorants sont connus et utilisés : ils permettent d'obtenir 7500 nuances de laine colorées. Les colorants synthétiques, qui apparaissent au 19ème siècle, font bondir le chiffre à 14400 nuances différentes.

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Mais les couleurs chimiques sont de moins bonnes qualités et se révèlent même être instables. Arrive le 20ème siècle, qui fait renaître la tapisserie, et de prestigieux artistes (tel, entre autres, Jean Lurçat) reviennent aux couleurs simples qu'ils imposent aux lissiers (avec les cartons numérotés). Voilà... tout ça, tout ça ! Alors : c'est-y pas super la tapisserie d'Aubusson ?

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Atelier-musée des cartons de tapisserie (géré par l'association AM'carta) - Pont de la Terrade - 23200 Aubusson - du mardi au samedi de 15h à 18h. - tel : 05 55 66 14 89 ou 06 88 25 35 07    

A lire : "Les Cartons de Tapisserie d'Aubusson" (aux Editions Vial, réalisé par Chantal Chirac-Favart, maître de stage des Ecoles de Condé et de l'Institut des Carrières Artistiques)

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