Votre première mission (si vous l'acceptez) consiste à trouver la D913 qui relie Dun-le-Palestel à Eguzon. La seconde est de vous arrêtez à la hauteur du Pont Charreau, en contrebas de Crozant, sur la rive droite de la Sedelle. Là, au bord de la route, se trouve un parking (avec de l'ombre en été). Vous vous glissez ensuite sur le sentier qui longe la Sedelle.

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Au moment où vous découvrez que vous marchez sur le sentier GR N°654 (GR comme Grande Randonnée), une bouffée de fierté vous envahit. Cette piste est toutefois extraordinairement "pépère" : elle longe doucement la berge de la Sédelle (laquelle descend paisiblement vers Crozant)... Vous allez cependant n'en parcourir qu'un tout petit bout (t'inquiètez pas) !

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Mais vous, gentils tourtereaux ou robustes randonneuses et randonneurs qui le parcourez, devez savoir que ce petit bout de GR 654 est un lieu hautement historique : là où vous posez actuellement votre semelle (de mocassin ou de brodequin), Georges Sand est venu avant vous, en 1845 (et elle, un torrent de larmes lui coulait des yeux tellement elle était émue par la beauté du lieu) !

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Elle raconte alors à Eugène Delacroix qu'elle a vu autour de Crozant des paysages d'une beauté si émouvante qu'un peintre de son niveau réaliserait à coup sûr des chefs-d'oeuvre face à de tels sujets. Puis, elle sort ses photos de vacances de son sac à main pour le convaincre... Et ce dernier est (bien évidemment) aussitôt séduit !

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Au cours des années qui suivent, l'entousiaste Georges Sand réussit à convaincre près de 2000 artistes et intellectuels de venir découvrir la vallée de la Sedelle et de la Creuse. Grâce à l'invention récente des tubes de peinture, ces peintres peuvent désormais quitter leurs ateliers creusois pour se répandre dans la nature avec leurs chevalets.

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Pendant cette cure de plein-air, ils couchent sur leurs toiles les paysages rustiques et sauvages qui entourent Crozant et font ainsi naître ce que les experts vont (très astucieusement) nommer "mouvement pleinariste". Ensuite, aux alentours de 1864, cette joyeuse équipe de peintres va être (très astucieusement) appelée "l'école de Crozant".

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En même temps que vous déambulez paisiblement sur ce joli et large GR 654, vous pouvez imaginer (si vous voulez bien faire l'effort, bien entendu) que des dizaines de peintres du 19ème siècle sont assis ici et là, derrière leur chevalet, et réalisent en ce moment même de superbes toiles (nous vous conseillons donc de regarder devant vous, afin de ne pas les bousculer).

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Bon, reprenons chers lecteurs distraits... En 1894, le poète Maurice Rollinat et le peintre Léon Detroy font découvrir Crozant au peintre Madeline. Ce dernier décide d'abord de n'y passer que ses vacances. Mais, succombant à son tour au charme de la campagne creusoise, il choisit d'y vivre 3 mois de plus, en automne, afin d'y peindre.

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Charles Donzel est également un inconditionnel des fantastiques richesses de formes et de couleurs qu'offrent les gorges de la Creuse, ainsi que des doux et langoureux rochers ronds qui tapissent la vallée de la Sedelle. Il pousse Eugène Alluaud à le rejoindre, lequel (en 1905) prend pension à l'Hotel Lépinat, à Crozant.

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Eugène Alluaud devient alors un fervent adepte de "l'école de Crozant". Il encourage tous les artistes qu'il connaît à rejoindre la paisible mais prolifique communauté de peintres qui entoure désormais Armand Guillaumin. Mais, soudain tout à coup, au cours de l'été 1909, un play-boy excentrique répondant au nom de Picabia arrive à Crozant...

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Picabia est un peintre impressionniste célèbre qui, lui aussi, vient de  céder aux sirènes de la Creuse. A peine installé, il se lance dans des expériences picturales qui le mènent sur des rives nouvelles... Il explore alors les contrées méconnues du surréalisme. Il revient une seconde fois sur les berges de la Sedelle (en 1911) et y peint de nouvelles toiles.

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Les moulins que vous voyez le long de la Sedelle (en face de vous, bon sang !) sont pratiquement restés tels qu'ils l'étaient au 19ème siècle et ont servi de modèles aux membres de "l'école de Crozant". Par contre, vous ne verrez ni le moulin Génétin, ni le moulin Barrat, ni le moulin Brigand : ils ont été noyés lors de la mise en eau du barrage d'Eguzon !

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D'ailleurs, en 1926, le barrage et les eaux du lac d'Eguzon portent un coup fatal à "l'école de Crozant"... L'aspect sauvage des landes et les rochers abruptes disparaîssent eux aussi sous les eaux. Ecoeurés, une grande partie des peintres s'en va et "l'école de Crozant" s'évapore... Pendant notre bavardage, vous avez fait une halte et avez ôté vos chaussures...

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Soit ! Maintenant, vous vous êtes suffisamment aéré les pinceaux et il faut repartir pour attaquer la petite côte qui vous mènera 1) jusqu'à l'église de Crozant, 2) jusqu'à l'époustouflante vue sur les ruines du château, 3) jusqu'à celle sur la vallée de la Creuse (ne discutez pas, c'est un lot "tout compris"... sauf l'entrée de l'Hotel Lépinat, le nouveau musée... mais cliquez donc ici pour en savoir plus).

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L'équipe de MARCHOUCREUSE 23, qui est ravie d'avoir pu mettre un peu de beurre dans Lépinat, remercie également au passage l'élue du Pays Dunois qui lui a généreusement offert ce remarquable calembourg.