Descendant d'une lignée de maîtres-tapissiers, Jean Lacrocq quitte Felletin en 1834 (jusque là, c'est simple). Il épouse Eugénie Diverneresse (fille d'artistes peintres), franchit la frontière de l'Indre et part à Cuzion. Il y crée une tuilerie à laquelle il adjoint, par la suite, un négoce de bois. En 1836, Eugénie donne naissance à Ludre-Frédéric.tapisserie - Aubusson


Comme Ludre-Frédéric est studieux, le curé de Cuzion lui apprend le latin. Plus tard, à La Chatre, il entre comme clerc chez maître Gabillaud (qui est, entre autre, l'avoué de Georges Sand). L'intelligent Ludre-Frédéric y obtient rapidement sa capacité en droit. Maître Gabillaud le fait alors travailler à Guéret... et Ludre-Frédéric y achète (pour son compte) l'étude Vignaudon.

George Sand


Après le décès de Ludre-Frédéric, son fils Frédéric reprend l'étude. Il épouse Philomène Queroy, (issue d'une riche famille de tanneurs de Bénévent) qui lui donne un fils. Ils le prénomment... Louis. Le petit Louis va d'abord à l'école des Soeurs de la Croix, puis à celle des Frères des Ecoles chrétiennes, avant d'entrer au lycée (laïc) de Guéret.

Louis Lacrocq - regard


En 1884, il entre à la Société des Sciences Naturelles et Archéologique de la Creuse... Il a 16 ans ! Puis il obtient son baccalauréat et part faire des études de droit à Paris. Il en revient avec sa licence et fait alors son stage d'avocat dans l'étude de son père. En 1892, Louis Lacrocq épouse Nelly Guillemot (fille du propriétaire du Courrier du Centre).

Societe des Sciences de la Creuse


Louis se taille peu à peu une stature d'avocat d'affaires de renommé national. Il devient également administrateur des Pupilles de l'Assistance Publique, de l'hôpital et aussi du lycée de Guéret. Il est encore (soyons fous !) censeur de la Banque de France et président du Conseil d'Administration de la Bibliothèque Municipale de Guéret.

musee de la Senatorerie - Gueret


En 1910, à Limoges, il collabore avec André Demartial à la rédaction du Dictionnaire du Limousin et de la Marche (il ne se charge QUE de la tapisserie d'art). Louis Lacrocq veut attirer des touristes en Creuse... Il devient donc délégué départemental du Touring Club de France. En 1912, il fonde la Société des Amis des Arbres de la Creuse (dont il est président).

eglise fortifiee de Noth


La même année, il est également élu président du premier Syndicat d'Initiatives de la Creuse. En 1914, il propose à Henri Delannoy (président de la Société des Sciences) d'améliorer cette société savante. A la mort de Delannoy, Louis Lacrocq en prend la direction et impose de nombreuses (et bénéfiques) réformes.

Louis Lacrocq - portrait


Pendant la 1ère guerre, il dirige également le journal Le Courrier du Centre. En 1922, il devient officiellement président de la Société des Sciences et la fait passer de 250 à 600 adhérents. Il organise des sorties pour faire découvrir aux membres les immenses richesses patrimoniales de la Creuse... Mais, en 1939, les sorties s'arrêtent.

memoire du centenaire de la Societe des Sciences


Louis Lacrocq (bien qu'il affirme que... "la politique diminue un homme") a même été Maire d'une commune creusoise... En 1902, il se fait construire une imposante maison bourgeoise à La Celle Dunoise (avec une splendide vue sur la vallée de la Creuse). Il n'y réside qu'aux beaux jours (préférant bénéficier du confort de Guéret pendant l'hiver)...

rive droite de La Celle Dunoise


Les notables de La Celle Dunoise lui propose, en 1919, d'être candidat aux municipales : il est élu Maire au 1er tour. Il fait aussitôt améliorer le presbytère, les 2 écoles, les bâtiments communaux, les chemins et obtient de ses amis du Touring Club le don d'une passerelle (et de bancs)Louis Lacrocq administre cette commune paisible jusqu'en 1929...

passerelle offerte par Touring Club a La Celle Dunoise


Cette année là, une coalition de socialistes et de communistes cellois s'empare (démocratiquement) de la Mairie. Louis Lacrocq décide alors de terminer son livre "Monographie de La Celle Dunoise" et de se consacrer à la lutte pour la préservation des paysages creusois. Alors qu'il travaille à son bureau, en 1940, une crise cardiaque le terrasse.

rive gauche de La Celle Dunoise


En 1942, dans la France de Vichy, le docteur G. Janicaud (successeur de Louis Lacrocq à la présidence de la Société des Sciences de la Creuse) dit, en parlant de lui : "Il constatait avec tristesse les ravages que faisait, dans l'âme fruste de nos paysans, la démagogie de nos tristes élus et la fielleuse propagande communiste".

document source


 Soixante-dix ans plus tard, les paysans à l'âme fruste apprécient probablement !